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    Le coin du feu

     

     

    Suis-je seul ? je me plais encore au coin du feu.
    De nourrir mon brasier mes mains se font un jeu ;
    J’agace mes tisons ; mon adroit artifice
    Reconstruit de mon feu le savant édifice.
    J’éloigne, je rapproche, et du hêtre brûlant
    Je corrige le feu trop rapide ou trop lent.
    Chaque fois que j’ai pris mes pincettes fidèles,
    Partent en pétillant des milliers d’étincelles :
    J’aime à voir s’envoler leurs légers bataillons.
    Que m’importent du Nord les fougueux tourbillons ?
    La neige, les frimas qu’un froid piquant resserre,
    En vain sifflent dans l’air, en vain battent la terre,
    Quel plaisir, entouré d’un double paravent,
    D’écouter la tempête et d’insulter au vent ! 
    Qu’il est doux, à l’abri du toit qui me protège,
    De voir à gros flocons s’amonceler la neige !
    Leur vue à mon foyer prête un nouvel appas :
    L’homme se plaît à voir les maux qu’il ne sent pas.
    Mon coeur devient-il triste et ma tête pesante ?
    Eh bien, pour ranimer ma gaîté languissante,
    La fève de Moka, la feuille de Canton,
    Vont verser leur nectar dans l’émail du Japon.
    Dans l’airain échauffé déjà l’onde frissonne :
    Bientôt le thé doré jaunit l’eau qui bouillonne,
    Ou des grains du Levant je goûte le parfum.
    Point d’ennuyeux causeur, de témoin importun :
    Lui seul, de ma maison exacte sentinelle,
    Mon chien, ami constant et compagnon fidèle,
    Prend à mes pieds sa part de la douce chaleur.

    Et toi, charme divin de l’esprit et du coeur,
    Imagination ! de tes douces chimères
    Fais passer devant moi les figures légères !
    A tes songes brillants que j’aime à me livrer !
    Dans ce brasier ardent qui va le dévorer,
    Par toi, ce chêne en feu nourrit ma rêverie
    Quelles mains l’ont planté ? quel sol fut sa patrie ?
    Sur les monts escarpés bravait-il l’Aquilon ?
    Bordait-il le ruisseau ? parait-il le vallon ?
    Peut-être il embellit la colline que j’aime,
    Peut-être sous son, ombre ai-je rêvé moi-même.
    Tout à coup je l’anime : à son front verdoyant,
    Je rends de ses rameaux le panache ondoyant,
    Ses guirlandes de fleurs, ses touffes de feuillage,
    Et les tendres secrets que voila son ombrage.
    Tantôt environné d’auteurs que je chéris,
    Je prends, quitte et reprends mes livres favoris ;
    A leur feu tout à coup ma verve se rallume ;
    Soudain sur le papier je laisse errer ma plume,
    Et goûte, retiré dans mon heureux réduit,
    L’étude, le repos, le silence, et la nuit.
    Tantôt, prenant en main l’écran géographique,
    D’Amérique en Asie, et d’Europe en Afrique,
    Avec Cook et Forster, dans cet espace étroit,
    Je cours plus d’une mer, franchis plus d’un détroit,
    Chemine sur la terre et navigue sur l’onde,
    Et fais dans mon fauteuil le voyage du monde.
    Agréable pensée, objets délicieux,
    Charmez toujours mon coeur, mon esprit et mes yeux !
    Par vous tout s’embellit, et l’heureuse sagesse
    Trompe l’ennui, l’exil, l’hiver et la vieillesse.

    Jacques Delille


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    Pluie d'Automne,

    Enfin, voici la pluie et les brumes d’automne ,
    Le temps est presque froid. Le soleil radieux
    Depuis hier au soir nous a fait ses adieux ,
    Le ciel, d’un bout à l’autre, est d’un gris monotone.

    Sous les arbres feuillus l’ombre se pelotonne,
    Bleue et tranquille ; un jour aveuglant, odieux
    Cesse de l’accabler de traits insidieux ;
    Dans l’accord des couleurs pas une ne détonne.

    Le regard ébloui de trop vives clartés,
    Brûlé par la splendeur des rayonnants étés,
    Se détend se repose et contemple, paisible,

    Les arbres estompés, les contours amollis,
    Le vallon qui se creuse en mystérieux plis,
    Et l’horizon rendu par la pluie invisible.

    Quand on a l’âme sombre et le cœur angoissé,
    Ces aspects adoucis, ces tons mélancoliques,
    Que voilent à demi des hachures obliques
    Impalpable réseau d’un faible vent poussé,

     

    Cette nature en deuil, ce feuillage froissé,
    Ces teintes d’un vert glauque aux reflets métalliques,
    Cette pluie au moment des ardeurs idylliques,
    Vous conviennent bien mieux que le beau temps passé.

     

    L’été, c’est le bonheur, la joie et la lumière,
    L’épanouissement sans crainte de l’esprit
    A qui tout ici-bas et dans le ciel sourit.

    L’été, c’est la jeunesse en sa verdeur première,
    C’est la santé robuste et l’amour insensé…
    Et moi j’ai l’âme sombre et le cœur angoissé.
     


    Louise Siefert.


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    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

    mon mari

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

    moi

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi

     

    Petite promenade hier au lac de Saint Mandé chez moi


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  • Chant d'Automne,

    Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres
    Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
    J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
    Le bois retentissant sur le pavé des cours.

    Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
    Haine, frissons, horreur labeur dur et forcé,
    Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
    Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

    J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ,
    L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
    Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
    Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

    Il me semble, bercé par ce choc monotone,
    Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
    Pour qui,C'était hier l'été ; voici l'automne !
    Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.


    J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
    Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
    Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
    Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

    Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
    Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
    Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
    D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.

    Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
    Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
    Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
    De l'arrière-saison le rayon jaune et doux.


    Charles Baudelaire


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  • L'automne de Rémy de Gourmont

     

    Ce poème de Rémy de Gourmont (1858-1915) est proposé sans la dernière strophe.

     

    Les feuilles mortes

     

    Simone, allons au bois, les feuilles sont tombées,
    Elles recouvrent la mousse, les pierres et les sentiers.
    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

    Elles ont les couleurs si douces, des tons si graves,
    Elles sont sur la terre si frêles épaves !
    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

    Elles ont l'air si dolent à l'heure du crépuscule,
    Elles crient si tendrement, quand le vent les bouscule !
    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

    Quand le pied les écrase elles pleurent comme des âmes,
    Elles font un bruit d'ailes ou de robes de femmes.
    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

    Viens : nous serons un jour de pauvres feuilles mortes.
    Viens : déjà la nuit tombe et le vent nous emporte.
    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

      

    Rémy de Gourmont ("Simone, poème champêtre"- Mercure de France, 1901)

     

     


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    1301408198 dans Poésies, Fables, contes, ... (161)

     

     

    Mon bel été est presque terminé
    Quand je vois septembre arriver
    Quand les fleurs vont se dessécher
    Ou que les feuilles seront coloriées

    Au fond je le sais, il faut être réaliste
    Mais je me permets d’être un peu triste
    L’été depuis toujours, est ma saison préférée
    Celle qui m’a fait le plus souvent rêver

    Durant mes étés j’avais beaucoup de projets
    De mes étés, j’ai gardé beaucoup de secrets
    Je me surprenais parfois à désirer
    Des choses, extérieures à mes pensées

    Pourtant mois de septembre, et tes jours radieux
    Tu seras toujours un délice pour mes yeux
    De nos saisons, tu es le plus grand séducteur
    Tu nous grises avec tes belles couleurs

    Durant chaque nuit je peux me reposer
    Pour profiter de chacune de mes journées
    Il faut croire que tu es un bon système
    On veut se rapprocher de celle qu’on aime

    On a le goût de lui écrire des poèmes
    Aussi, lui dire souvent qu’on l’aime
    Mois de septembre tu sais, à bien y penser
    Je devrais te garder toute l’année

    Je serais prêt même, à te privilégier
    Mais il ne faudrait pas, le dire à l’été

    Texte Claude Marcel Breault

     

     

    1301408198 dans Poésies, Fables, contes, ... (161)


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  • La nuit d’octobre

    Alfred de Musset

    LE POÈTE

    Le mal dont j’ai souffert s’est enfui comme un rêve.
    Je n’en puis comparer le lointain souvenir
    Qu’à ces brouillards légers que l’aurore soulève,
    Et qu’avec la rosée on voit s’évanouir.

    LA MUSE

    Qu’aviez-vous donc, ô mon poète !
    Et quelle est la peine secrète
    Qui de moi vous a séparé ?
    Hélas ! je m’en ressens encore.
    Quel est donc ce mal que j’ignore
    Et dont j’ai si longtemps pleuré ?

    LE POÈTE

    C’était un mal vulgaire et bien connu des hommes ;
    Mais, lorsque nous avons quelque ennui dans le coeur,
    Nous nous imaginons, pauvres fous que nous sommes,
    Que personne avant nous n’a senti la douleur.

    LA MUSE

    Il n’est de vulgaire chagrin
    Que celui d’une âme vulgaire.
    Ami, que ce triste mystère
    S’échappe aujourd’hui de ton sein.
    Crois-moi, parle avec confiance ;
    Le sévère dieu du silence
    Est un des frères de la Mort ;
    En se plaignant on se console,
    Et quelquefois une parole
    Nous a délivrés d’un remord.

    LE POÈTE

    S’il fallait maintenant parler de ma souffrance,
    Je ne sais trop quel nom elle devrait porter,
    Si c’est amour, folie, orgueil, expérience,
    Ni si personne au monde en pourrait profiter.
    Je veux bien toutefois t’en raconter l’histoire,
    Puisque nous voilà seuls, assis près du foyer.
    Prends cette lyre, approche, et laisse ma mémoire
    Au son de tes accords doucement s’éveiller.

    LA MUSE

    Avant de me dire ta peine,
    Ô poète ! en es-tu guéri ?
    Songe qu’il t’en faut aujourd’hui
    Parler sans amour et sans haine.
    S’il te souvient que j’ai reçu
    Le doux nom de consolatrice,
    Ne fais pas de moi la complice
    Des passions qui t’ont perdu,

    LE POÈTE

    Je suis si bien guéri de cette maladie,
    Que j’en doute parfois lorsque j’y veux songer ;
    Et quand je pense aux lieux où j’ai risqué ma vie,
    J’y crois voir à ma place un visage étranger.
    Muse, sois donc sans crainte ; au souffle qui t’inspire
    Nous pouvons sans péril tous deux nous confier.
    Il est doux de pleurer, il est doux de sourire
    Au souvenir des maux qu’on pourrait oublier.

    LA MUSE

    Comme une mère vigilante
    Au berceau d’un fils bien-aimé,
    Ainsi je me penche tremblante
    Sur ce coeur qui m’était fermé.
    Parle, ami, – ma lyre attentive
    D’une note faible et plaintive
    Suit déjà l’accent de ta voix,
    Et dans un rayon de lumière,
    Comme une vision légère,
    Passent les ombres d’autrefois.

    LE POÈTE

    Jours de travail ! seuls jours où j’ai vécu !
    Ô trois fois chère solitude !
    Dieu soit loué, j’y suis donc revenu,
    À ce vieux cabinet d’étude !
    Pauvre réduit, murs tant de fois déserts,
    Fauteuils poudreux, lampe fidèle,
    Ô mon palais, mon petit univers,
    Et toi, Muse, ô jeune immortelle,
    Dieu soit loué, nous allons donc chanter !
    Oui, je veux vous ouvrir mon âme,
    Vous saurez tout, et je vais vous conter
    Le mal que peut faire une femme ;
    Car c’en est une, ô mes pauvres amis
    (Hélas ! vous le saviez peut-être),
    C’est une femme à qui je fus soumis,
    Comme le serf l’est à son maître.
    Joug détesté ! c’est par là que mon coeur
    Perdit sa force et sa jeunesse ; –
    Et cependant, auprès de ma maîtresse,
    J’avais entrevu le bonheur.
    Près du ruisseau, quand nous marchions ensemble,
    Le soir, sur le sable argentin,
    Quand devant nous le blanc spectre du tremble
    De loin nous montrait le chemin ;
    Je vois encore, aux rayons de la lune,
    Ce beau corps plier dans mes bras…
    N’en parlons plus… – je ne prévoyais pas
    Où me conduirait la Fortune.
    Sans doute alors la colère des dieux
    Avait besoin d’une victime ;
    Car elle m’a puni comme d’un crime
    D’avoir essayé d’être heureux.

    LA MUSE

    L’image d’un doux souvenir
    Vient de s’offrir à ta pensée.
    Sur la trace qu’il a laissée
    Pourquoi crains-tu de revenir ?
    Est-ce faire un récit fidèle
    Que de renier ses beaux jours ?
    Si ta fortune fut cruelle,
    Jeune homme, fais du moins comme elle,
    Souris à tes premiers amours.

    LE POÈTE

    Non, – c’est à mes malheurs que je prétends sourire.
    Muse, je te l’ai dit : je veux, sans passion,
    Te conter mes ennuis, mes rêves, mon délire,
    Et t’en dire le temps, l’heure et l’occasion.
    C’était, il m’en souvient, par une nuit d’automne,
    Triste et froide, à peu près semblable à celle-ci ;
    Le murmure du vent, de son bruit monotone,
    Dans mon cerveau lassé berçait mon noir souci.
    J’étais à la fenêtre, attendant ma maîtresse ;
    Et, tout en écoutant dans cette obscurité,
    Je me sentais dans l’âme une telle détresse
    Qu’il me vint le soupçon d’une infidélité.
    La rue où je logeais était sombre et déserte ;
    Quelques ombres passaient, un falot à la main ;
    Quand la bise sifflait dans la porte entr’ouverte,
    On entendait de loin comme un soupir humain.
    Je ne sais, à vrai dire, à quel fâcheux présage
    Mon esprit inquiet alors s’abandonna.
    Je rappelais en vain un reste de courage,
    Et me sentis frémir lorsque l’heure sonna.
    Elle ne venait pas. Seul, la tête baissée,
    Je regardai longtemps les murs et le chemin, –
    Et je ne t’ai pas dit quelle ardeur insensée
    Cette inconstante femme allumait en mon sein ;
    Je n’aimais qu’elle au monde, et vivre un jour sans elle
    Me semblait un destin plus affreux que la mort.
    Je me souviens pourtant qu’en cette nuit cruelle
    Pour briser mon lien je fis un long effort.
    Je la nommai cent fois perfide et déloyale,
    Je comptai tous les maux qu’elle m’avait causés.
    Hélas ! au souvenir de sa beauté fatale,
    Quels maux et quels chagrins n’étaient pas apaisés !
    Le jour parut enfin. – Las d’une vaine attente,
    Sur le bord du balcon je m’étais assoupi ;
    Je rouvris la paupière à l’aurore naissante,
    Et je laissai flotter mon regard ébloui.
    Tout à coup, au détour de l’étroite ruelle,
    J’entends sur le gravier marcher à petit bruit…
    Grand Dieu ! préservez-moi ! je l’aperçois, c’est elle ;
    Elle entre. – D’où viens-tu ? Qu’as-tu fait cette nuit ?
    Réponds, que me veux-tu ? qui t’amène à cette heure ?
    Ce beau corps, jusqu’au jour, où s’est-il étendu ?
    Tandis qu’à ce balcon, seul, je veille et je pleure,
    En quel lieu, dans quel lit, à qui souriais-tu ?
    Perfide ! audacieuse ! est-il encor possible
    Que tu viennes offrir ta bouche à mes baisers ?
    Que demandes-tu donc ? par quelle soif horrible
    Oses-tu m’attirer dans tes bras épuisés ?
    Va-t’en, retire-toi, spectre de ma maîtresse !
    Rentre dans ton tombeau, si tu t’en es levé ;
    Laisse-moi pour toujours oublier ma jeunesse,
    Et, quand je pense à toi, croire que j’ai rêvé !

    LA MUSE

    Apaise-toi, je t’en conjure ;
    Tes paroles m’ont fait frémir.
    Ô mon bien-aimé ! ta blessure
    Est encor prête à se rouvrir.
    Hélas ! elle est donc bien profonde ?
    Et les misères de ce monde
    Sont si lentes à s’effacer !
    Oublie, enfant, et de ton âme
    Chasse le nom de cette femme,
    Que je ne veux pas prononcer.

    LE POÈTE

    Honte à toi qui la première
    M’as appris la trahison,
    Et d’horreur et de colère
    M’as fait perdre la raison !
    Honte à toi, femme à l’oeil sombre,
    Dont les funestes amours
    Ont enseveli dans l’ombre
    Mon printemps et mes beaux jours !
    C’est ta voix, c’est ton sourire,
    C’est ton regard corrupteur,
    Qui m’ont appris à maudire
    Jusqu’au semblant du bonheur ;
    C’est ta jeunesse et tes charmes
    Qui m’ont fait désespérer,
    Et si je doute des larmes,
    C’est que je t’ai vu pleurer.
    Honte à toi, j’étais encore
    Aussi simple qu’un enfant ;
    Comme une fleur à l’aurore,
    Mon coeur s’ouvrait en t’aimant.
    Certes, ce coeur sans défense
    Put sans peine être abusé ;
    Mais lui laisser l’innocence
    Était encor plus aisé.
    Honte à toi ! tu fus la mère
    De mes premières douleurs,
    Et tu fis de ma paupière
    Jaillir la source des pleurs !
    Elle coule, sois-en sûre,
    Et rien ne la tarira ;
    Elle sort d’une blessure
    Qui jamais ne guérira ;
    Mais dans cette source amère
    Du moins je me laverai,
    Et j’y laisserai, j’espère,
    Ton souvenir abhorré !

    LA MUSE

    Poète, c’est assez. Auprès d’une infidèle,
    Quand ton illusion n’aurait duré qu’un jour,
    N’outrage pas ce jour lorsque tu parles d’elle ;
    Si tu veux être aimé, respecte ton amour.
    Si l’effort est trop grand pour la faiblesse humaine
    De pardonner les maux qui nous viennent d’autrui,
    Épargne-toi du moins le tourment de la haine ;
    À défaut du pardon, laisse venir l’oubli.
    Les morts dorment en paix dans le sein de la terre :
    Ainsi doivent dormir nos sentiments éteints.
    Ces reliques du coeur ont aussi leur poussière ;
    Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains.
    Pourquoi, dans ce récit d’une vive souffrance,
    Ne veux-tu voir qu’un rêve et qu’un amour trompé ?
    Est-ce donc sans motif qu’agit la Providence
    Et crois-tu donc distrait le Dieu qui t’a frappé ?
    Le coup dont tu te plains t’a préservé peut-être,
    Enfant ; car c’est par là que ton coeur s’est ouvert.
    L’homme est un apprenti, la douleur est son maître,
    Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert.
    C’est une dure loi, mais une loi suprême,
    Vieille comme le monde et la fatalité,
    Qu’il nous faut du malheur recevoir le baptême,
    Et qu’à ce triste prix tout doit être acheté.
    Les moissons pour mûrir ont besoin de rosée ;
    Pour vivre et pour sentir l’homme a besoin des pleurs ;
    La joie a pour symbole une plante brisée,
    Humide encor de pluie et couverte de fleurs.
    Ne te disais-tu pas guéri de ta folie ?
    N’es-tu pas jeune, heureux, partout le bienvenu ?
    Et ces plaisirs légers qui font aimer la vie,
    Si tu n’avais pleuré, quel cas en ferais-tu ?
    Lorsqu’au déclin du jour, assis sur la bruyère,
    Avec un vieil ami tu bois en liberté,
    Dis-moi, d’aussi bon coeur lèverais-tu ton verre,
    Si tu n’avais senti le prix de la gaîté ?
    Aimerais-tu les fleurs, les prés et la verdure,
    Les sonnets de Pétrarque et le chant des oiseaux,
    Michel-Ange et les arts, Shakspeare et la nature,
    Si tu n’y retrouvais quelques anciens sanglots ?
    Comprendrais-tu des cieux l’ineffable harmonie,
    Le silence des nuits, le murmure des flots,
    Si quelque part là-bas la fièvre et l’insomnie
    Ne t’avaient fait songer à l’éternel repos ?
    N’as-tu pas maintenant une belle maîtresse ?
    Et, lorsqu’en t’endormant tu lui serres la main,
    Le lointain souvenir des maux de ta jeunesse
    Ne rend-il pas plus doux son sourire divin ?
    N’allez-vous pas aussi vous promener ensemble
    Au fond des bois fleuris, sur le sable argentin ?
    Et, dans ce vert palais, le blanc spectre du tremble
    Ne sait-il plus, le soir, vous montrer le chemin ?
    Ne vois-tu pas alors, aux rayons de la lune,
    Plier comme autrefois un beau corps dans tes bras,
    Et si dans le sentier tu trouvais la Fortune,
    Derrière elle, en chantant, ne marcherais-tu pas ?
    De quoi te plains-tu donc ? L’immortelle espérance
    S’est retrempée en toi sous la main du malheur.
    Pourquoi veux-tu haïr ta jeune expérience,
    Et détester un mal qui t’a rendu meilleur ?
    Ô mon enfant ! plains-la, cette belle infidèle,
    Qui fit couler jadis les larmes de tes yeux ;
    Plains-la ! c’est une femme, et Dieu t’a fait, près d’elle,
    Deviner, en souffrant, le secret des heureux.
    Sa tâche fut pénible ; elle t’aimait peut-être ;
    Mais le destin voulait qu’elle brisât ton coeur.
    Elle savait la vie, et te l’a fait connaître ;
    Une autre a recueilli le fruit de ta douleur.
    Plains-la ! son triste amour a passé comme un songe ;
    Elle a vu ta blessure et n’a pu la fermer.
    Dans ses larmes, crois-moi, tout n’était pas mensonge.
    Quand tout l’aurait été, plains-la ! tu sais aimer.

    LE POÈTE

    Tu dis vrai : la haine est impie,
    Et c’est un frisson plein d’horreur
    Quand cette vipère assoupie
    Se déroule dans notre coeur.
    Écoute-moi donc, ô déesse !
    Et sois témoin de mon serment :
    Par les yeux bleus de ma maîtresse,
    Et par l’azur du firmament ;
    Par cette étincelle brillante
    Qui de Vénus porte le nom,
    Et, comme une perle tremblante,
    Scintille au loin sur l’horizon ;
    Par la grandeur de la nature,
    Par la bonté du Créateur,
    Par la clarté tranquille et pure
    De l’astre cher au voyageur.
    Par les herbes de la prairie,
    Par les forêts, par les prés verts,
    Par la puissance de la vie,
    Par la sève de l’univers,
    Je te bannis de ma mémoire,
    Reste d’un amour insensé,
    Mystérieuse et sombre histoire
    Qui dormiras dans le passé !
    Et toi qui, jadis, d’une amie
    Portas la forme et le doux nom,
    L’instant suprême où je t’oublie
    Doit être celui du pardon.
    Pardonnons-nous ; – je romps le charme
    Qui nous unissait devant Dieu.
    Avec une dernière larme
    Reçois un éternel adieu.
    – Et maintenant, blonde rêveuse,
    Maintenant, Muse, à nos amours !
    Dis-moi quelque chanson joyeuse,
    Comme au premier temps des beaux jours.
    Déjà la pelouse embaumée
    Sent les approches du matin ;
    Viens éveiller ma bien-aimée,
    Et cueillir les fleurs du jardin.
    Viens voir la nature immortelle
    Sortir des voiles du sommeil ;
    Nous allons renaître avec elle
    Au premier rayon du soleil !

    Alfred de Musset, Poésies nouvelles

     
     

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    Cette fleur délicate à nulle autre pareille 

    Aux pétales légers, rayonnant de bonheur 

    Dans l’harmonie dorée où s’épanouit son cœur 

    Nous offre avec grâce sa corolle vermeille. 

     

    À l’aube, elle est parée de perles de rosée 

    Scintillant au soleil et son velours s’éclaire. 

    Elle rayonne alors en robe de lumière 

    Comme une jeune infante au jardin couronnée. 

     

    Roses, votre beauté fragile, éphémère 

    Suffit à rafraîchir les couleurs de la terre, 

    À charmer nos regards et réjouir les cieux. 

     

    En votre présence, sublime, intemporelle,

    En vos parfums grisants, vos bouquets précieux, 

    Voyez l’amour fleurir en notes essentielles…

     

     

     

    © Marie Tissier 

     

    Site de l'auteure: Marie Tissier 

     


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  • J’aime (sonnet)

     

     

     francoiseseylac 

     

     

     

    J’aime ton regard doux et calme sur mon âme,

     Epanché de ton humeur féconde, apaisante ;

     J’aime le velours moiré de ta voix chantante

     Gorgée des fruits du soleil, dont je me pâme.

     

    Frêmis et blêmis ô mon pauvre coeur de femme,

     Embrasé des tourments à la liesse éprouvante ;

     Ô fuis miracle des alizés amarantes !

     Tu me déchires du transport dont je me blâme.

     

    J’aime ta haute silhouette qui va filant,

     Aux heures matines sous la mitraille au vent,

     Et se meurt peu à peu dans le pâle horizon.

     

    J’aime et je pleure éperdue de trop aimer ;

     Mes bras avides de toi, tout désemparés,

     Se referment aux confins de ma déraison.

     


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  • Quelque si doux espoir où ma raison s'appuie.

     

    Recueil : Œuvres poétiques (1626)

     

    Quelque si doux espoir où ma raison s'appuie,
    Un mal si découvert ne se saurait cacher ;
    J'emporte malheureux, quelque part où je fuie,
    Un trait qu'aucun secours ne me peut arracher.

    Je viens dans un désert mes larmes épancher,
    Où la terre languit, où le Soleil s'ennuie,
    Et d'un torrent de pleurs qu'on ne peut étancher
    Couvre l'air de vapeurs et la terre de pluie.

    Parmi ces tristes lieux traînant mes longs regrets,
    Je me promène seul dans l'horreur des forêts,
    Où le funeste orfraie et le hibou se perchent.

    Là le seul réconfort qui peut m'entretenir,
    C'est de ne craindre point que les vivants me cherchent
    Où le flambeau du jour n'osa jamais venir.


    Théophile de Viau
    (1590-1626)

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    L'été Indien

    Joe Dassin

     


    Tu sais, je n'ai jamais été aussi heureux que ce matin-là
    Nous marchions sur une plage un peu comme celle-ci
    C'était l'automne, un automne où il faisait beau
    Une saison qui n'existe que dans le Nord de l'Amérique
    Là-bas on l'appelle l'été indien
    Mais c'était tout simplement le nôtre
    Avec ta robe longue tu ressemblais
    A une aquarelle de Marie Laurencin
    Et je me souviens, je me souviens très bien
    De ce que je t'ai dit ce matin-là
    Il y a un an, y a un siècle, y a une éternité

     

     



    On ira où tu voudras, quand tu voudras
    Et on s'aimera encore, lorsque l'amour sera mort
    Toute la vie sera pareille à ce matin
    Aux couleurs de l'été indien

     

     



    Aujourd'hui je suis très loin de ce matin d'automne
    Mais c'est comme si j'y étais. Je pense à toi.
    Où es-tu? Que fais-tu? Est-ce que j'existe encore pour toi?
    Je regarde cette vague qui n'atteindra jamais la dune
    Tu vois, comme elle je reviens en arrière
    Comme elle je me couche sur le sable
    Et je me souviens, je me souviens des marées hautes
    Du soleil et du bonheur qui passaient sur la mer
    Il y a une éternité, un siècle, il y a un an

     

     



    On ira où tu voudras, quand tu voudras
    Et on s'aimera encore lorsque l'amour sera mort
    Toute la vie sera pareille à ce matin
    Aux couleurs de l'été indien

     

     

     

    Joe Dassin
    Joe Dassin (1938-1980)



     

     

     

     

     


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  • Au bord de la mer

    Théophile Gautier

    La lune de ses mains distraites
    A laissé choir, du haut de l’air,
    Son grand éventail à paillettes
    Sur le bleu tapis de la mer.

    Pour le ravoir elle se penche
    Et tend son beau bras argenté ;
    Mais l’éventail fuit sa main blanche,
    Par le flot qui passe emporté.

    Au gouffre amer pour te le rendre,
    Lune, j’irais bien me jeter,
    Si tu voulais du ciel descendre,
    Au ciel si je pouvais monter !

    Théophile Gautier, Espana

     
     

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  • Titre : Aux bains de mer.

    Poète : François Coppée (1842-1908)

    Recueil : Le cahier rouge (1892).

     

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    Sur la plage élégante au sable de velours
    Que frappent, réguliers et calmes, les flots lourds,
    Tels que des vers pompeux aux nobles hémistiches,
    Les enfants des baigneurs oisifs, les enfants riches,
    Qui viennent des hôtels voisins et des chalets,
    La jaquette troussée au-dessus des mollets,
    Courent, les pieds dans l'eau, jouant avec la lame.
    Le rire dans les yeux et le bonheur dans l'âme,
    Sains et superbes sous leurs habits étoffés
    Et d'un mignon chapeau de matelot coiffés,
    Ces beaux enfants gâtés, ainsi qu'on les appelle,
    Creusent gaîment, avec une petite pelle,
    Dans le fin sable d'or des canaux et des trous ;
    Et ce même Océan, qui peut dans son courroux
    Broyer sur les récifs les grands steamers de cuivre
    Laisse, indulgent aïeul, son flot docile suivre
    Le chemin que lui trace un caprice d'enfant.
    Ils sont là, l'œil ravi, les cheveux blonds au vent,
    Non loin d'une maman brodant sous son ombrelle,
    Et trouvent, à coup sûr, chose bien naturelle,
    Que la mer soit si bonne et les amuse ainsi.

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    – Soudain, d'autres enfants, pieds nus comme ceux-ci,
    Et laissant monter l'eau sur leurs jambes bien faites,
    Des moussaillons du port, des pêcheurs de crevettes,
    Passent, le cou tendu sous le poids des paniers.
    Ce sont les fils des gens du peuple, les derniers
    Des pauvres, et le sort leur fit rude la vie.
    Mais ils vont, sérieux, sans un regard d'envie
    Pour ces jolis babys et les plaisirs qu'ils ont.
    Comme de courageux petits marins qu'ils sont,
    Ils aiment leur métier pénible et salutaire
    Et ne jalousent point les heureux de la terre ;
    Car ils savent combien maternelle est la mer
    Et que pour eux aussi souffle le vent amer
    Qui rend robuste et belle, en lui baisant la joue,
    L'enfance qui travaille et l'enfance qui joue.

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    François Coppée.

     

     

     


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  • La rose

    Louise Ackermann

     

    À Madame M….

    Quand la rose s’entr’ouvre, heureuse d’être belle,
    De son premier regard elle enchante autour d’elle
    Et le bosquet natal et les airs et le jour.
    Dès l’aube elle sourit. La brise avec amour
    Sur le buisson la berce, et sa jeune aile errante
    Se charge en là touchant d’une odeur enivrante ;
    Confiante, la fleur livre à tous son trésor.
    Pour la mieux respirer en passant on s’incline ;
    Nous sommes déjà loin, mais la senteur divine
    Se répand sur nos pas et nous parfume encor.

    Louise Ackermann, Contes et poésies (1863)

     

    La Rose

     
     
    La Rose
     
     
     
    La Rose
     
     
     

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  •  Victor HUGO   (1802-1885)

     

     

    Oh ! je fus comme fou...

     

    Oh ! je fus comme fou dans le premier moment, 

    Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement. 

    Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance, 

    Pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance, 

    Tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé ? 

    Je voulais me briser le front sur le pavé ; 

    Puis je me révoltais, et, par moments, terrible, 

    Je fixais mes regards sur cette chose horrible, 

    Et je n'y croyais pas, et je m'écriais : Non ! -- 

    Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom 

    Qui font que dans le coeur le désespoir se lève ? -- 

    Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve, 

    Qu'elle ne pouvait pas m'avoir ainsi quitté, 

    Que je l'entendais rire en la chambre à côté, 

    Que c'était impossible enfin qu'elle fût morte, 

    Et que j'allais la voir entrer par cette porte ! 

     

    Oh ! que de fois j'ai dit : Silence ! elle a parlé ! 

    Tenez ! voici le bruit de sa main sur la clé ! 

    Attendez! elle vient ! laissez-moi, que j'écoute ! 

    Car elle est quelque part dans la maison sans doute ! 

     


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    Recueil : Le chariot d'or


    Blotti comme un oiseau

     

     

    Blotti comme un oiseau frileux au fond du nid,
    Les yeux sur ton profil, je songe à l’infini...

    Immobile sur les coussins brodés, j’évoque
    L’enchantement ancien, la radieuse époque,
    Et les rêves au ciel de tes yeux verts baignés !

    Et je revis, parmi les objets imprégnés
    De ton parfum intime et cher, l’ancienne année
    Celle qui flotte encor dans ta robe fanée...

    Je t’aime ingénument. Je t’aime pour te voir.
    Ta voix me sonne au coeur comme un chant dans le soir.
    Et penché sur ton cou, doux comme les calices,
    J’épuise goutte à goutte, en amères délices,
    Pendant que mon soleil décroît à l’horizon
    Le charme douloureux de l’arrière-saison.

     

     


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  • Belle Loire – (sonnet)

     

     

     francoiseseylac 

     

     

     

    Belle Loire, muse des poètes rêveurs,

     De ta longue chevelure vert amandine,

     S’écoule en songe argenté, ta langueur divine

     Qui va loin vers l’océan et ses profondeurs.

     

    Tes méandres cachent des tourbillons rageurs,

     Et tes bancs de sable doré, d’humeur taquine,

     Sont tant de pièges en ta lande serpentine,

     Qui défient les curieux d’un sort naufrageur.

     

    L’été, tu flânes au soleil, rafraîchissante,

     Souriant aux pêcheurs de ta manne bienfaisante ;

     Tu ris de leurs grandes barques aventureuses.

     

    Mais l’hiver, tu te gonfles d’un très grand courroux !

     Est-ce pour te venger de ces hommes trop fous ?

     Est-ce pour les punir de tes eaux tumultueuses ?

     


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    Un coucher de soleil, en Bretagne (José M. de Hérédia)

     

     

     

     

    Un coucher de soleil sur la côte bretonne

    Les ajoncs éclatants, parure du granit,

    Dorent l'âpre sommet que le couchant allume.

    Au loin, brillante encore par sa barre d'écume,

    La mer sans fin, commence où la terre finit !

     

    A mes pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid

    Se tait. L'homme est rentré sous le chaume qui fume ;

    Seul l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume,

    A la vaste rumeur de l'Océan s'unit.

     

    Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,

     Des landes, des ravins, montent des voix lointaines

     De pâtres attardés ramenant le bétail.

     

    L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,

     Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,

     Ferme les branches d'or de son rouge éventail.

     

    (La nature et le rêve)

     

     

     


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    Charles BAUDELAIRE (1821-1867)

     

    Recueil : Les épaves

     

     

     

     

     

    Charles BAUDELAIRE   (1821-1867)

     

     

    Le coucher du soleil romantique

     

    Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,

    Comme une explosion nous lançant son bonjour !

    - Bienheureux celui-là qui peut avec amour

    Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve !

     

    Je me souviens ! J'ai vu tout, fleur, source, sillon,

    Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite...

    - Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,

    Pour attraper au moins un oblique rayon !

     

    Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;

    L'irrésistible Nuit établit son empire,

    Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

     

    Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,

    Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,

    Des crapauds imprévus et de froids limaçons.

     

     

     


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