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Quelques consolations aux misères de ma vie

 

Les sanglots longs des violons de Paul Verlaine

La voix de Jacques Douai chantant File la laine

Mon gros Victor Hugo feuilleté au hasard

La Symphonie Haffner d’Amadeus Mozart

M’éveiller le matin comme le jour se lève

En souriant encore à quelque absurde rêve

Chaque jour dépouiller Le Monde et regretter

Le vieux journal de Beuve et de Viansson-Ponté

Ne pas être dans son Carnet nécrologique

Savourer une blague importée de Belgique

La première hirondelle et le premier lilas

Déguster un carré – ou deux – de chocolat

Écouter le pinson le merle et la mésange

Guetter au soir furtif le passage des anges

Voir frémir de désir les moustaches du chat

Sentir l’odeur des foins que mon voisin faucha

Après un long conflit le succès des grévistes

Un Ronsard découvert par un vieil archiviste

Sainte Anne de Vinci mon petit Manessier

Écrire quelques vers Lire un bon policier

Tenir très court en laisse Internet et sa clique

Savourer les clichés d’un pantin politique

Un soleil de printemps timide et velouté

Une déculotté d’un peuple d’enfootés.

Monet Nerval Messiaen Guillaume Apollinaire

Villon Rouault Musset dans mon antiphonaire

Traiter de « vieil idiot » un jeune écervelé

Étagère ou sonnet me mettre à bricoler

Être salué gaiement par un ancien élève

Au Jour des Rois glisser au plus jeune la fève

Découvrir un poète à son premier recueil

Ne pas faire la sieste au fond de mon fauteuil

Au soir de canicule arroser les parterres

Relire Les Copains et Les Trois Mousquetaires

Tailler un vieux rosier Planter un réséda

Recevoir un recueil de Goffette ou Réda

Une voix nue d’enfant récitant un poème

Un signe de bonheur venu de ceux que j’aime

L’infinie nullité d’un show présidentiel

Après l’averse voir se lever l’arc-en-ciel

Mon nom sur l’école à Saint-Hilaire-des-Loges

Revoir mes grands-parents en remontant l’horloge

Malgré mon vieux visage et les rides des ans

Recevoir un sourire inconnu d’un passant

Et dans la litanie de mes bonheurs de vivre

Avoir pu ce matin oser écrire : À suivre.

 

Ombres légères.

Jacques Charpentreau

 

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